Focus

Délit de sale gueule

Au détour d’un mail, il est possible de faire de belles découvertes. C’est le cas avec le site Artphotollg, sur lequel figure une série de photos d’Hafed Benotman, l’auteur que vous devez lire si ce n’est pas déjà fait, en commençant par exemple avec Eboueur sur échafaud.
(Mise à jour :  LLG expose ses portraits à Paris, place de la Bastille, dans le cadre du grand marché d’art contemporain, jusqu’au 4 novembre 2013.)
Bonjour. Qui se cache derrière artphotollg ? Que pouvez-vous nous dire ? Un prénom ?
Et oui, mon nom, comme un certain BHL ou BHV, maintenant à vous de jouer au scrabble avec LLG, je vous donne un indice j’ai quelques gouttes de sang Breton.
Sur votre site, vous écrivez au sujet des portraits que vous réalisez : “Redécouvrons notre identité, réapproprions-nous notre apparence et brisons ces codes normatifs qui ne font qu’entretenir l’exclusion et la frustration.” Pouvez-vous nous expliquer l’origine de ce projet, et le choix de noir et blanc façon photo d’identité ?
Souvenez-vous de notre Roger Gicquel : La France a peur. Et bien depuis ? Le même cinéma. Une capuche dans la nuit, trois personnes sur un banc, un chat qui miaule et on commence à avoir les mains moites et la sueur au front. Beaucoup de gens s’informent uniquement par les JT, ce n’est plus des journalistes mais des porteurs de micros. Certaines presses font d’un simple fait divers la Une des journaux, devenant un feuilleton en attendant le prochain. Lorsqu’on nous afflige le malheur des autres on se dit, bon je suis peut être dans la merde mais pas autant que lui, ça nous rassure et on reprend l’apéro.
J’ai voulu traiter l’image des portraits comme celle des flics. Au 1er coup d’œil on a peur, il suffit de mettre des empreintes, une photo en noir et blanc… et notre inconscient prend le dessus. Certains ont des pures têtes, des gueules. Vous seriez étonné de savoir qu’ils peuvent être bardés de diplômes, porter les courses d’une vieille, vous tenir la porte et payer l’addition. Pourtant beaucoup de personnes qui ont débité des corps en jambonneau, mis leur doigts jusqu’à crever les tympans ont des gueules d’anges, de beaux gendres comme on en rêverait (ou belle-fille), la cruauté n’a pas de sexe.
Lorsqu’on regarde de plus près, comme la rencontre d’un inconnu, on voit qu’il est “comme nous”, avec ses faiblesses. Mais il faut avoir le courage de se les avouer. Par exemple l’inculpation « lâche ». Et oui, cracher à la gueule d’une personne y’a pas plus simple, surtout lorsqu’il est de dos. Mais jusqu’à quelle situation est-on prêt à bomber le torse et aller voir le dentiste pour nous remettre encore un nouveau râtelier ? Essayons de comprendre l’autre dans tout son ensemble, toute son histoire, mais attention, ne soyons pas dupes, y’a que des enjoliveurs ou des amnésiques. Pour info, cela fait maintenant deux ans que je ne suis pas allé chez le merlan pour me teindre les cheveux en blond et mettre comme inculpation : travelo. Le seul problème… ma calvitie gratte du terrain, c’est pour bientôt ! D’ailleurs à ce jour j’ai une trentaine de transformations, toujours sans trucage : coupe de cheveux, moustache, barbe… c’est ma femme qui a l’impression de changer d’homme tous les 3 mois, des fois le matin elle m’appelle monsieur.
Gojko Brajovic
Dans la partie “Identités”, une même personne apparaît sous 4 aspects différents et le résultat est impressionnant. Vous investissez aussi l’espace public, les portraits se retrouvent sur des murs, des trottoirs, des monuments… Comment agissez-vous ? Comme un graffeur ? Un colleur d’affiches ?
J’ai souvent un œil en mode “laser”. Lorsque je me ballade, soit je trouve le lieu et je cogite pour trouver l’inculpation et de là j’y retourne pour coller mon portrait, soit j’ai déjà l’inculpation et je cherche le lieu. Cela peut durer plusieurs jours, par exemple pour mon banquier dans la laverie, j’ai dû trouver la bonne laverie, puis j’ai dû poireauter car il y avait toujours une colo de mémés ou une horde d’étudiants/chômeurs. En ce moment, je cherche une casse de voiture mais je crois que je vais devoir m’exporter pour en trouver une, la France est trop propre.
Dans la série de portraits, on trouve l’auteur Hafed Benotman. Comment a eu lieu cette rencontre ?
Par le cœur et la table qui vont toujours de paire, sa femme Francine a un restaurant le Diet Ethique, dans le XVème à Paris. N’ayez pas peur du nom, c’est un vrai régal, une vraie saveur pour nos papilles, lorsque j’y passe j’en mangerais même jusqu’à la table.