Entretien

Adeline Dieudonné à la librairie Coiffard

Adeline Dieudonné à la librairie Coiffard

La librairie Coiffard recevait mardi 19 juin Adeline Dieudonné, qui achevait une grande tournée suite au succès de son roman La vraie vie. Nous avons dit ici et dans L’Indic n°37 combien ce roman nous a plu.

Questionnée par Chloé Dolain, l’autrice est revenue sur ses débuts dans l’écriture, motivés par la crise de la trentaine, la maternité et une foule de questions existentielles. Le coup de pouce ultime vient de Thomas Gunzig : « celui qui m’a ordonné de commencer à écrire ». Un compatriote dont la belge admire les romans et qu’elle cite dans ses inspirations « il n’est pas enfermé dans un style, il est à la fois drôle, noir et savoureux. » Adeline Dieudonné mentionne aussi Stephen King, qu’elle aime beaucoup dans son registre réaliste. La petite fille qui aimait Tom Gordon, son King préféré avec Misery, l’a accompagnée pour l’écriture de La vraie vie. Il y a eu également le film We need to talk about Kevin.

Pour résumer ce premier roman, Adeline Dieudonné dit simplement qu’il est l’histoire des six étés d’une petite fille, de 10 à 15 ans, et d’un drame qui va la traumatiser elle et son petit frère. Dès lors, elle va chercher à le sauver et enchanter son quotidien. L’écriture ne fait pas suite à des questions comme « de quoi ai-je envie de parler ? » ou « quelle thématique vais-je traiter », elle vient d’une scène, d’une voix. « Je suis un vecteur qui permet à mes personnages d’exister. Je laisse les choses ouvertes. »

La vraie vie montre la force d’une petite fille à la fois dure, lucide et candide. « Ils ne savaient pas que c’était impossible alors ils l’ont fait », l’autrice cite la phrase de Twain pour illustrer ce qu’entreprend son personnage et aussi ce qu’elle a fait en s’attaquant à l’écriture d’un roman. En face de cette jeune narratrice on trouve le père violent, un personnage difficile à nuancer. « C’est un salopard mais un salopard que j’aime bien. Il faut comprendre les enjeux de chacun profondément mais sans condamner. »

Les personnages tiennent grâce aux sujets qui viennent soutenir le roman. « Les animaux sont présents dans tout ce que j’écris, parce qu’ils ont toujours été présents dans ma vie. Je compare les gens à des animaux dans Bonobo Moussaka. Ce qui m’obsède, ce sont peut-être les rapports de prédation qu’on peut entretenir, de l’espèce humaine vers le monde vivant, des hommes vers les femmes et des adultes vers les enfants. Je m’interroge sur notre animalité. » Et puis La vraie vie est un roman du désir : « on parle peu du désir des femmes. J’avais envie de raconter les premiers émois, j’avais envie que cette petite fille l’assume et qu’elle soit fière, qu’elle soit propriétaire de son désir. »

Adeline Dieudonné à la librairie CoiffardLe public pose ses questions. Comment a été choisi le titre du livre ? C’est une suggestion de l’éditrice. Il vient de la page 17 et d’une phrase qui parle des histoires qui n’arrivent pas dans « la vraie vie ». Il recèle le double sens, l’ambiguité et le côté enfantin qui vont bien.
L’écriture a pris neuf mois, 100 000 signes soumis à l’éditrice qui en a retiré 30 %, puis après trois mois de réécriture le manuscrit final comportait 240 000 signes. Enfin, Adeline Dieudonné donne ses conseils, ceux qu’on lui a souvent donnés : discipline, ne pas attendre l’inspiration, écrire tous les jours, éviter les adverbes, lire Ecritures de Stephen King et La dramaturgie d’Yves Lavandin.

La discussion s’achève. L’autrice confirme qu’elle continue bien sûr à écrire. Longtemps, elle n’a pas pu vivre de sa formation de comédienne, elle donc heureuse de pouvoir faire enfin ce qu’elle aime.

Propos recueillis par Caroline de Benedetti