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Genres et identités dans les littératures de l’imaginaire

Genres et identités dans les littératures de l’imaginaire

Table ronde organisée par l’Université Rennes 2

Genres et identités dans les littératures de l'imaginaire
De g. à d. : Stéphanie Nicot, Sabrina Calvo et les animateur-rice de la rencontre

Stéphanie Nicot, entre autre directrice artistique des Imaginales et éditrice, et Sabrina Calvo, auteure, sont invitées pour évoquer la question de l’identité dans les littératures de l’imaginaire. Ce genre littéraire, capable d’imaginer des rencontres avec des espèces différentes et des extra-terrestres, est très conventionnel sur ces questions, regrette Stéphanie Nicot. Elle évoque une anthologie dirigée par Yves Frémion.

Sabrina Calvo énonce les choses clairement : dans une société qui ne laisse pas la place à la multitude des possibilités et aux paradoxes, l’identité est un fascisme (une reformulation des propos de l’américaine Kathy Acker). Les littératures de l’imaginaire devraient être un fer de lance du refus du totalitarisme de l’identité, et ce n’est pas le cas. Il existe des sous-genres dans la littérature, et des sous-genre dans la société. Et, penser en terme de sous-genre revient à penser comme l’ennemi souhaite que l’on pense. Non que le genre n’existe pas, mais la hiérarchie, elle, n’existe pas.

Tout est politique rappelle Sabrina Calvo, la SF a toujours été politique. Mais de quelle politique parle-t-on ? Ça ne doit pas être juste de la philosophie ou de l’entertainment.

Stéphanie Nicot précise qu’il y a une différence entre la SF et la fantasy, cette dernière n’explore pas les différences, sauf à travers les personnages, et de façon très stéréotypée. La SF n’est pas très progressiste, on a en tête les images des pulps avec le fier héros dans les étoiles. Mais la SF explore des possibles, comme l’a montré Ursula K. Le Guin avec La main gauche de la nuit. L’instrument SF permet d’explorer les possibles.

Les animateur-rice posent la question de la différence de tradition entre l’Amérique du Nord et l’Europe, et de la façon dont la critique peut aussi être une force de proposition pour les auteurs.
Sabrina Calvo répond qu’elle a très peur de la stigmatisation, peur de l’injonction à mettre des personnages LGBT dans les romans. En France, la chose se fait de façon instinctive. Des voix françaises féminines bouleversantes et jeunes existent en fantasy. On arrive enfin dans la nuance.

Sabrina Calvo témoigne avec émotion de son expérience et de son coming out, de ce corps invisible qu’elle ressentait.

La discussion s’oriente ensuite sur la place et l’importance des femmes dans la science-fiction. Stéphanie Nicot raconte qu’à une époque, quand on voyait une femme dans le milieu de la science-fiction, on se demandait de qui elle était la compagne. Aujourd’hui, on se demande plutôt quel boulot elle fait, si elle est autrice, éditrice… Les choses ont changé.

Suite à quelques questions du public, Sabrina Calvo précise que ce qui se passe dans la littérature donne un signal à la société. Il faut éradiquer les îlots de transphobie. Tonnerre d’applaudissements. Elle ajoute que oui, l’écriture est un moyen de rester soi-même. Mais il n’est pas besoin de mettre en avant ce qu’on est, il faut juste l’être et exister.

Plusieurs auteurs-rices ont été cité-e-s tout au long de la conférence : Michaël Moorcock, Mélanie Fazi, Ketty Steward, Beckie Chambers, Laurent Genefort, Charlotte Bousquet, l’anthologie Bâtir aussi (Ateliers de L’Antémonde), Pollen et Le créateur chimérique de Joëlle Wintrebert.

Cette rencontre avait lieu au Tambour à Rennes, le jeudi 18 octobre. 250 personnes ont rempli cette salle. L’enregistrement sera rediffusé sur le site C-Lab.