Focus

L’atelier d’écriture américain

William Faulkner

Il m’arrive de plus en plus souvent de refermer un livre avec un soupir de résignation en pestant contre le « style américain ». Le dernier en date et qui va nous servir d’exemple est Nos disparus de Tim Gautreaux. 50 pages, deux chapitres.

Que l’on se comprenne bien, ce n’est pas mal écrit, c’est juste terriblement répétitif. Un peu comme le thriller et ses clichés. En cinquante pages j’ai eu l’impression de croiser la plupart des clichés et des poncifs stylistiques et scénaristiques de ce que j’appellerais « l’atelier d’écriture américain ». Ici les personnages sont amenés par des dialogues placés dans des scènes d’action. Ces dialogues sont précis, souvent drôles… mais quelque peu artificiels.
Le personnage principal a un passé digne d’un épisode de la série Deadwood (il survit au massacre de sa famille après que son père ait tué un méchant alcoolique qui maltraite son cheval en étant caché dans un poêle à bois par un membre de la famille).
Les thèmes : la méchanceté du monde, les erreurs morales, la rédemption sont déjà là tapis entre quelques considérations plus ou moins lyriques sur le monde. « Sam contempla sous les rayons de la lune ce désastre qui s’étendait de la mer du Nord à la Méditerranée, et même au-delà, conscient que le sort d’Amélie n’était qu’une infime particule de cette catastrophe planétaire, que des mères, du Nebraska à la Mésopotamie, mettraient désormais le couvert pour des familles amputées, et que d’innombrables enfants attendaient qu’une porte s’ouvre sur un parent venu les chercher. Il aurait tellement voulu pouvoir aider la fillette, mais la guerre l’emportait lui aussi comme un fétu de paille, et dès le lendemain soir il serait à des centaines de kilomètres de sa protégé ». Un lyrisme surjoué dans un ballet technique souvent répété ; un ballet qui part du personnel (le personnage) pour aller vers le général (le monde) et revenir au personnel (le personnage) donnant ainsi l’impression d’une lecture totale du monde. Parfois la considération est plus sobre, ainsi celle-ci qui vient après que le personnage principal ait était mis en contact avec les horreurs de la guerre : « Sam était rentré d’Europe avec l’idée qu’il ne fallait pas trop se fier aux apparences et que le monde était un endroit beaucoup plus dangereux qu’il ne l’avait cru. » Des considérations si basiques qu’elles en sont difficilement contestables.
Ces procédés – devrais-je dire ces techniques – sont trop voyants et donnent l’impression de lire la copie d’un atelier d’écriture quelque peu besogneux. Bref, n’est pas William Faulkner qui veut, tout au moins sur les 50 premières pages. Cinquante de trop pour moi.

Emeric Cloche.

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