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Utopiales 2018, Jour 4 (2e partie)

Utopiales 2018, Jour 4 (deuxième partie)

Avortez, nous ferons le reste

À 11h dans la salle Hetzel, Ci-Lam, Catherine Dufour et Thierry Harvey ont débattu sur le sujet “Avortez, nous ferons le reste”. Petit rappel : la légalisation de l’avortement en France date de 1975. Aujourd’hui dans le monde, 60% des femmes n’y ont pas accès légalement, selon Amnesty International. L’IVG clandestine est la première cause de mortalité. Dans l’actualité, l’Irlande a franchi le pas cette année, contrairement à l’Argentine. L’avortement est toujours vu comme strictement féminin et comme un échec. Le regard de la société est important : en étant enceinte, une femme change de statut et devient une mère, une porteuse de vie. Or, toutes les religions et sociétés poussent à croître et se multiplier, les guerres sont avant tout démographiques. Du côté de la science-fiction, le thème est peu traité. Cela s’explique par le manque d’héroïnes dans le genre, et donc de représentation de la condition féminine. Et souvent, on assiste à des paradoxes hallucinants : dans Star Wars, on a la force et la vitesse de la lumière mais Padmé ne sait pas qu’elle porte des jumeaux avant la naissance, et meurt en couches. Récemment, le film Promotheus a montré un avortement à l’écran, mais de façon politiquement correcte : la grossesse est le résultat d’une insémination forcée. Certains voient dans le film Alien une métaphore de la reproduction et de la douleur de l’accouchement.
Bibliographie conseillée par les intervenants : Mary Higgins Clark, La clinique du docteur H, Pierre Pelot, Foetus-party, Philip K. Dick, Les pré-personnes, Catherine Dufour, L’immaculée conception.

Utopiales 2018, Jour 4 (deuxième partie)

Soigner par les jeux

Le jeu peut avoir des applications en dehors de la pratique ludique. Dès le début de la conférence le modérateur Romain Mckilleron, qui mène la table ronde de main de maître, précise qu’il s’agit là de soigner et non pas de guérir. La table ronde aborde le jeu et le handicap, le jeu et la psyché et la simulation médicale. Chacun des intervenants est spécialisé dans une de ces thématiques.

Sandra Bruel travaille avec un public mal-voyant, des autistes et des personnes atteintes d’aphasie de Broca. Elle a créé des feuilles de personnage au format A2 (au lieu du A4) et propose des battlemap (tapis de jeu) en légo et quadrillage en relief fait avec du grillage de poulailler. Le jeu de rôle permet de canaliser les émotions. Jérémy Guilbon travaille en milieu psychiatrique, il a monté une table de Donjons & Dragons pour les patients et il arrive aux mêmes conclusions que Sandra Bruel. Le jeu de rôle, qui est un jeu coopératif, permet de donner un temps de parole et de communauté aux joueurs. Il permet même à certains patients de se regarder eux-mêmes, voir de mettre en scène leur pathologie.

Pierre Jannin rappelle qu’en France on pratique 6 millions d’actes chirurgicaux par an avec 90 000 accidents graves qui entraînent 9 000 décès. Les jeux simulationistes (avec casque virtuel ou autre) permettent de travailler les compétences non techniques dans un environnement virtuel et d’apprendre à gérer le stress et la communication au sein d’une équipe grâce à des mises en situation sous Unity 3D. Elles permettent aussi de se tester face à une phobie comme le vertige. La création d’environnement permet enfin de s’entraîner sur des opérations virtuelles et de répéter avant une opération.

Une anecdote rappelle que l’introduction de la Wii dans certaines maison de retraites peut faire gagner jusqu’à trois ans de vie psychique en retardant les effets du vieillissement. Le jeu apporte aussi des données à la recherche. Sea Hero Quest permet ainsi de collecter de nombreuses data sur la gestion du déplacement dans l’espace en fonction de données comme l’âge des joueurs. En deux ans le University College of London a gagné l’équivalent de 9000 ans d’études cliniques, par le biais de ce jeu sur téléphone portable.

On s’en doutait un peu avant la conférence, le jeu est un outil de choix pour le soin des patients et l’entraînement des personnels soignants. L’ensemble de la conférence a présenté des cas concrets.

Les intervenants  de la conférence Soigner par les jeux : Pierre Jannin, Sandra Bruel, Karim Si Tayeb et Jérémy Guilbon avec une modération de Romain Mckilleron.

Faire disparaitre son corps, se cacher à l’intérieur : les troubles de l’alimentation

L’espérance de vie, qui n’avait cessé d’augmenter, commence aujourd’hui à diminuer. Autre rappel : l’obésité n’est pas une maladie mais un trouble de l’alimentation qui peut entraîner des maladies cardio-vasculaires, du diabète ou autre. Les dictats sociétaux de la minceur dont des gages de réussite sociale et de bonne santé. La mondialisation impose au monde de se comparer à des exemples extrêmes (très beaux, très intelligents, très musclés, etc.), à des icônes mondiales qui n’atteignent même pas la perfection de leur représentation dans les magasines : toute culture devient toxique pour elle-même par les normes qu’elle impose. On donnera l’exemple de la Barbie dite “ronde” en vente aux États-Unis, qui a en fait les proportions d’une personne normale.

De son côté la science-fiction est qualifiée d’anorexique car elle fait manger des pilules aux spationautes ou bien des cadavres transformés en pâte verte, et présente généralement des corps boostés.

Retour aux troubles de l’alimentation, avec l’orthoréxie qui est un ensemble de pratiques alimentaires, caractérisée par la volonté obsessionnelle d’ingérer une nourriture saine, et le rejet systématique des aliments perçus comme malsains. Vendre un produit c’est générer de l’angoisse et proposer la solution, donc la société de consommation génère et nourrit ces troubles. De même que la médecine préfère mutiler les corps avec des anneaux gastriques plutôt que de soigner. Sans oublier le système capitaliste qui vend de la mal-bouffe qui fait grossir les classes les plus défavorisées. Le cas d’une multinationale est cité, qui achète les sources d’eau au Brésil et coupe l’accès à l’eau aux populations locales pour ensuite leur vendre des sodas trop sucrés… On parlera aussi de grossophobie, mais la discussion commence à tourner en rond.

Justine Vaillant (Avortez)
Emeric Cloche (Soigner par les jeux)
Geoffroy Domangeau (Troubles de l’alimentation