Cinéma / Krimi, le polar allemand

Il était une fois un meurtre, Baran Bo Odar, 2011

Il était une fois un meurtre, Baran Bo Odar, 2011

« Durant l’été 1986 la chaleur était insupportable. Un jour le diable s’est introduit chez nous. Il a fallu des semaines pour la retrouver. Sans jamais attraper le tueur. Puis tout est parti dans l’oubli. Mais la chaleur de cet été-là résonne encore en nous. Nous vivons de plus en plus reclus. Derrière les portes closes nous nous effondrons. Et devenons les fantômes de nous-mêmes. Le désespoir nous détruit tous. On tombe dans l’obsession et on s’égare. Puis tout recommence. Au même endroit. Personne ne sait pourquoi. Le passé nous rattrape. Il ne reste que le silence. »

Il était une fois un meurtre est une adaptation de Silence le deuxième livre de la série qui met en scène le policier Kimo Joentaa. L’auteur du roman, Jan Costin Wagner, co-signe le scénario avec le réalisateur Baran Bo Odar. Si l’histoire décrite par l’écrivain allemand se passe en Finlande, le réalisateur Suisse a décidé de la transposer en Allemagne. Ici les couleurs sont chaudes, à l’opposé de beaucoup de films policiers, on peut raconter une histoire noire sans pour autant user du clair obscur ou de la pluie.

Baran Bo Odar filme une enquête policière et les parcours de vie des divers protagonistes autour de deux meurtres perpétrés à 23 ans d’écart jour pour jour. La caméra et le scénario se livrent à une étude psychologique précise et sans pitié. Les scènes glaçantes sont parfois allégées par un peu d’humour ; quelques paysages (des plans larges et des vues aériennes) viennent s’intercaler entre les situations. Le malaise se mélange au suspense. Les personnages habituels du polar sont tous là : victime, famille de la victime, policier qui vient de perdre sa femme, policier borné, ancien policier hanté par l’affaire, criminel… chacun à sa place dans un certain académisme du film policier et pourtant l’histoire est captivante, elle fonctionne grâce à un léger décalage avec ce que l’on a l’habitude de voir. C’est sombre, parfois lent et répétitif mais la psychologie de chacun des personnages se précise grâce à ces moments. Le silence et la solitude sont partout. Certains instants laissent entrevoir une autre issue et plusieurs fois on se surprendra à espérer, à croire qu’une autre voix est possible. Mais un meurtre c’est une tragédie, pas vrai ?

Emeric Cloche