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Le vieux pays de Jean-Pierre Rumeau

Le vieux pays de Jean-Pierre Rumeau
Le vieux pays
de Jean-Pierre Rumeau est de ces romans étranges, dont certains aspects laissent dubitatifs, quand d’autres emportent totalement. Inhabituel, Le vieux pays ne repose pas sur une enquête principale, un mystère unique, mais bien plus sur des obsessions et des rencontres. La force de cette histoire tient dans son décor. Goussainville existe vraiment. Ce village hors de tout se situe au bout des pistes de Roissy, et Jean-Pierre Rumeau en fait le refuge de son personnage, l’incroyable Pasdeloup. Bribe par bribe, dans un récit décousu, l’auteur nous fait rencontrer ce jeune homme de bonne famille et les raisons qui le mèneront dans l’armée et en Israël. Sa découverte du cinéma dans les années 70, la pratique du sport, son entreprise de rénovation de l’église, donnent des séquences très réussies.

La mort a marqué Pasdeloup très tôt et lui a créé une carapace. À 60 ans, dur dans ses relations aux autres, il a des excès de tendresse sans pour autant jamais être sympathique. L’auteur tente de mettre en place un personnage ambivalent, de façon un peu trop évidente. Autour de lui plusieurs personnages subissent ses colères, son indifférences et son affection : son voisin bouquiniste, la chauffeuse de taxi, sa bonne à tout faire, le jeune cascadeur, la vieille du village. Aussi fantomatique que charismatique Pasdeloup règne sur ce vieux pays rattrapé par… le terrorisme. Cette partie, rocambolesque, est celle qui détermine l’action de Pasdeloup : vengeance et auto-défense. Un passage à l’acte qui n’inquiète pas beaucoup cet ancien militaire car “il a vécu suffisamment d’épreuves pour envisager sereinement le traitement qu’une démocratie réserve à un suspect.” La façon qu’a l’auteur de caractériser ses personnages a un petit air manichéen. Pas sûr que l’aspect politique de bien des éléments de ce roman apparaissent au plus grand nombre de lecteurs. L’écriture est à l’identique, marquée par des passages très évocateurs et d’autres totalement clichés, laissant au tout un sentiment très mitigé.

Caroline de Benedetti

Jean-Pierre Rumeau, Le vieux pays, Albin Michel, 2018, 19,50 €, 320 p.