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Rencontre avec Gabriel Tallent à la librairie Coiffard

Rencontre avec Gabriel Tallent à la librairie Coiffard
Manon (librairie Coiffard) et Gabriel Tallent

Gabriel Tallent connaît depuis mars un succès indémenti avec son roman My Absolute Darling, un titre pour dire la possessivité maladive qui prend les traits de l’amour. Le public vient en nombre – comme le prouve la rencontre de ce mardi à la librairie Coiffard – écouter l’auteur en dire plus sur son roman.

Sous la question de la libraire Manon, l’auteur se présente brièvement comme enfant de Californie, élevé par deux mères. Puis il évoque son ambition d’écrire un roman sur la destruction de l’environnement, qui s’est vitre recentré sur le personnage de l’adolescente Turtle. Comment écrire sur une adolescente de 14 ans, violentée par son père ? Il faut “du travail et de la compassion. Il faut être prudent et laisser parler la personne en tant que telle, sans se projeter sur elle. J’avais le sentiment de connaître quelque chose de la vérité de Turtle.”
L’enfance est au cœur de son propos comme de son roman. Il parle de la misogynie, de la haine et du mépris des autres femmes, conséquences inéluctables de l’abus. “Les enfants ont envie que le monde soit juste. Lorsqu’un parent vous fait souffrir il est plus facile de croire qu’il le fait parce que vous êtes une mauvaise personne.” Alors Turtle a développé un fort sens de l’observation, propre aux personnes habituées à se défendre de la violence des autres.

Edité par Oliver Gallmeister, qui assure ce soir-là la traduction, Gabriel Tallent ne dépareille pas dans une maison qui fait la place belle à la nature. Pour Tallent, il était important d’écrire sur ces endroits qu’il aime, comme Mendocino, et dont il a de plus en plus conscience qu’ils peuvent disparaître. Mais, précise-t-il “la nature n’est ni hostile ni amicale, elle n’a pas d’intention propre, elle est ce qu’elle est. Turtle y trouve l’intimité dont elle a besoin.”
Le survivalisme questionne bien sûr les lecteurs. Pour l’auteur, il est “l’expression d’une colère américaine, la colère que l’on éprouve à se sentir aliéné par un système politique, à se sentir dominé par la corruption des grands groupes, c’est une expression de désespoir, un désir de faire sécession avec un système politique. Ce désespoir correspond à Martin.”

My absolute Darling parle aussi des armes, sans que l’auteur ne donne son point de vue. Le roman livre aussi des références littéraires et philosophiques, comme Marc Aurèle. “Ce qui compte chez les stoïciens, c’est la responsabilité personnelle. On doit faire du mieux qu’on peut et personne ne peut nous enlever notre dignité. C’est une vision utile pour réfléchir pendant les moments sombres de notre existence. Parce qu’une honte immense est projetée sur ceux qui survivent à l’abus. Le langage des stoïciens est une bonne manière d’attaquer ces certitudes.”

Rencontre avec Gabriel Tallent à la librairie Coiffard
Oliver Gallmeister et Gabriel Tallent

Interrogé sur la question de l’adaptation cinématographique, Gabriel Tallent reconnaît que l’idée le laisse méfiant. Beaucoup d’auteurs ne vivent que parce qu’ils ont vendu leurs droits au cinéma. Il a conscience que le film n’est bien sûr jamais le reflet du livre. Mais pour lui, ce roman est fait pour que quelqu’un le prenne sur une étagère et soit ému par l’héroïne. La rencontre s’achève par quelques questions du public, un homme lui demande son conseil à un écrivain débutant. Gabriel Tallent répond : “J’étais serveur, je n’avais pas de perspective de carrière et j’étais effrayé. Je pensais qu’il me faudrait cinq ans en écrivant 40 heures par semaine. Je me suis dit que mon manuscrit resterait dans mon tiroir. J’ai reçu un conseil, celui d’écrire le roman qui me tenait à cœur, et c’est ce que j’ai fait. Je n’avais personne autour de moi pour me dire si ce que je faisais était bon ou mauvais. J’écrivais tout le temps, avant le travail, après le travail, allongé sur le sol, 20 à 40 heures par semaines. Alors mon conseil, c’est de travailler comme un dingue, plus que tous les autres.”

Propos recueillis par Caroline de Benedetti