Les lectures

Notre-Dame-des-Démolies de Olivier Vonlanthen

Notre-Dame-des-Démolies de Olivier Vonlanthen

Il est dit que la collection « Nuit Noire » (des éditions La Veilleuse) « explore une littérature contemporaine aussi sombre qu’ardente » et qu’elle « se distingue par un ancrage social et politique fort ». Dès le titre du livre de Olivier Vonlanthen – Notre-Dame-des-Démolies – on sent que le contrat va être rempli. Marthe, tour à tour, fille au pair, femme de ménage, servante ou dame de compagnie, est une meurtrière. Et, oui, elle est démolie. Son refuge ? Elle prie la vierge Marie, puisqu’on lui a appris à le faire.

« Pourtant, aussi loin que remonte leurs souvenirs, ils ont toujours prié avec leur tante, prié Marie, évidemment, toujours comme cela le soir, au seuil du sommeil, à baragouiner dans l’étrange syntaxe d’un culte dont ils ne connaissent encore rien et que, pour certains, ils renieront plus tard à force de méfiances, ils ont toujours fait cela comme on se brosse les dents, en vitesse et par obligation. »

Un fait divers survient lorsque l’on ne s’y attend pas. En 1968, Marthe tue sa patronne alors qu’elle travaille comme dame de compagnie. Marthe n’expliquera jamais son acte. C’est un travail journalistique qui va lui donner du sens, en mettant en avant un aspect du fait. L’écrivain (qui a un lien familial avec Marthe) fait œuvre de fiction en remontant le temps et en donnant, à rebours, une piste de compréhension.

Le meurtre de Marthe n’apparaît alors plus comme un fait de diversion. Il ne s’agit plus d’un écran mais d’un miroir. Devenant fait social, il devient représentatif. La lutte des classes, la condition féminine et la folie se mêlent, le chemin vers le drame se fait et tout devient limpide.

Le livre donne aussi à lire quelques citations (Johnny Cash, Guy de Maupassant, la Bible…) qui font autant d’éclairages et de pistes. On pourra lire ces extraits (comme, par exemple, le passage de la Bible chez Marthe et Marie) à rebours, le texte d’Olivier Vonlanthen leur donnant, à la lueur du fait, une autre interprétation.

Notre-Dame-des-Démolies, à l’image de son titre, est écrit avec une recherche stylistique qui n’emprunte que peu au style journalistique. Ce premier roman de l’auteur suisse est à ranger aux côtés de La Cérémonie de Claude Chabrol, La ferme du crime de Andrea Maria Schenkel et pourquoi pas, dans un genre plus documentaire, Ne jugez pas d’André Gide.

Emeric Cloche

Olivier Vonlanthen, Notre-Dame-des-Démolies, éditions La Veilleuse, 2025, 120 pages, 19 Euros.