Nous le savons depuis 28 jours plus tard (Danny Boyle, 2003) et 28 semaines plus tard (Juan Carlos Fresnadillo, 2007), l’humanité a sombré sur l’île réunissant l’Écosse, l’Angleterre et le pays de Galles. Depuis le virus transformant la population en zombie, l’île est mise en quarantaine et livrée à elle-même.
À l’été 2025, 28 ans plus tard est arrivé. Suite des deux opus précédents (28 jours plus tard et 28 mois plus tard), et premier volet d’une trilogie annoncée, le film est étrangement coupé en deux parties. Nous étions sortis du cinéma mitigé cochon d’Inde, avec l’impression de ce pas trop savoir ce que le film voulait dire, ce qui à bien y réfléchir n’est pas désagréable. 28 ans plus tard : Le temple des morts suit ces mêmes personnages et éclaire de nombreux points. Le premier volet présentait donc les lieux, les personnages et les situations à venir. Maintenant, l’histoire se déploie. Et, joie, c’est autour du Temple des morts et du personnage du docteur Kelson que l’aventure continue ; un lieu visuellement et symboliquement très fort, et un personnage marquant (joué par Ralph Fiennes).
Tout comme dans le film de Danny Boyle (28 ans plus tard), hémoglobine et viscères sont au rendez-vous. Et ce n’est pas tant la faute des zombies. Ils sont parfois tellement absents qu’on les oublierait presque. Mais surtout, le côté horrifique semble plus justifié que dans le premier 28 ans. Le film malgré sa violence n’est jamais cynique, jamais indifférent. Il parvient à susciter l’empathie avec chaque personnage, même les plus détestables. La réalisation évite le torture porn, son propos n’est pas là. Il se situe clairement dans l’allégorie. Une allégorie de la folie, de la paranoïa et du fascisme qui en découle et s’en nourrit.
Côté musique, les beats hip hop sombres et les chants traditionnels du premier opus laissent place à des percussions et des cordes entêtantes, sur une composition de Hildur Guðnadóttir (la BO de la série Chernobyl et du Joker). Ces cordes et ces percussions sont organiques, parfois romantiques façon orchestre de chambre (Temple High et Moon). Les morceaux Everything in its right place de Radiohead et The Number of the Beast de Iron Maiden résonnent sur le tourne disque du Temple. Vous assisterez à une extraordinaire scène avec la chanson d’Iron Maiden. Un moment drôle et beau, à vivre au cinéma.
Si le premier opus des 28 ans était filmé avec des téléphones portables, celui-ci est en scope, ce qui donne lieu à de poétiques scènes de danse entre l’inénarrable Docteur Kelson et… n’en disons pas trop. Le final montre l’acteur Cillian Murphy qui joue Jim dans 28 jours plus tard… La réalisatrice Nia DaCosta – dont nous avons raté les précédents films (un remake de Candyman et Hedda une adaptation de la pièce de théâtre de Henrik Ibsen) est sans aucun doute à surveiller de près.
Emeric Cloche.

