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Nightmare Alley de Guillermo del Toro

Nightmare Alley de Guillermo del Toro

Fin des années 30 aux USA, la désolation est partout et chacun fait ce qu’il peut pour survivre. En ligne de mire du Nightmare Alley de Guillermo del Toro, un des thèmes classique du roman noir : le mirage du rêve américain.

Après avoir mis le feu à son passé, Stanton Carlisle se réfugie dans une foire. Il s’accoquine avec la voyante Zeena et son compagnon Pete, une ancienne étoile du mentalisme. Stanton va apprendre pour survivre. L’arnaque sera son credo et il déploiera ses ailes jusqu’à la haute société New Yorkaise accompagné de la vertueuse Molly. Là, une intrigante psychiatre entre en jeu… Les trois femmes, très différentes les unes des autres, trois figures classiques du roman noir, montreront la vacuité de Stanton Carlisle et de ses rêves.

Tous les personnages de Nightmare Alley sont hantés et condamnés, au mieux ambigus. La plupart sont dangereux, très dangereux. Le film explore les coulisses de la manipulation dans un petit labyrinthe d’intrigues de foire ; pas si lisse et archétypal que l’on pourrait le croire.

Le côté léché, très “visuel” du film, avec ses décors des années 30, ses costumes, la photographie et le casting (Bradley Cooper, Cate Blanchett, Toni Collette, Willem Dafoe, Richard Jenkins, Rooney Mara, Ron Perlman) propose un cinéma qui ne cherche pas à reproduire la réalité mais à en donner une image. Tout est là pour servir le propos et l’histoire. Nightmare Alley nous parle pourtant de nous, de notre société et de ses échecs, une longue litanie d’échecs face à la pauvreté, la mort, la famille, l’amitié, l’amour. C’est une fable émouvante pourrie par des salops, des ordures et des personnages brisés.

Guillermo del Toro a su retirer l’essence de l’indispensable roman de W.L. Gresham (traduit sous le titre Le Charlatan et réédité il y a peu à la Série Noire). Voilà un film qui ne démérite pas face au Nightmare Alley (1947) de Edmund Goulding. Bradley Cooper n’a rien à envier à Tyrone Power. Certaines images vous donneront envie de vous (re)plonger dans un des âges d’or du film noir américain. Tenez, juste pour le plaisir, celle-ci… n’est-ce pas Frank Sinatra ?

Emeric Cloche