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Deadloch de Kate McCartney et Kate McLennan

Deadloch de Kate McCartney et Kate McLennan

La série commence par la découverte d’un cadavre sur une plage. Une scène classique, qu’on trouve par exemple dans Broadchurch. Mais cette scène d’ouverture nous dit que Deadloch ne sera pas que classique.

Au petit matin, deux adolescentes marchent sur une route et passent devant un panneau « Deadloch pop. 2406 ». Sur la plage, l’une d’elles trébuche sur le cadavre et fait tomber sa cigarette sur son pénis… qui prend feu. Pendant ce temps dans une maison, deux femmes font l’amour. L’une d’elle est flic, et rejoint la scène de crime, où l’attend notamment un officier en tenue de yoga. Puis, une femme sort de l’eau dans sa combinaison de nage, c’est la maire de Deadloch.
Voilà quelques signes qui disent : cette série va être différente.

Deadloch de Kate McCartney et Kate McLennan

Bienvenue sur la côte est de la Tasmanie, état insulaire de l’Australie. Ne cherchez pas sur une carte, la petite ville côtière de Deadloch n’existe pas. Les femmes y tiennent des postes clé (mairesse-médecin, policière, vétérinaire, cheffe…), et les couples de lesbiennes y vivent en paix. Le criminel le plus redoutable de la ville s’appelle Kevin le phoque. La découverte du cadavre de l’entraîneur de foot la veille des célébrations du Winter Feastival provoque donc un choc. D’autant que cette découverte marque le début d’une suite de meurtres avec étranglement et langue arrachée. Le scénario joue avec la figure du tueur en série.

Comment expliquer le succès de Deadloch ? La série provoque des éclats de rire en jouant sur le grotesque. Mais elle n’abuse jamais, usant plutôt de finesse jusque dans les archétypes. En plus d’être intelligente, elle est ludique (le jeu du « qui a tué » ? est respecté), émouvante, et portée par des actrices épatantes. La scène inaugurale le laisse présager, mais l’arrivée (tonitruante) du personnage de flic du continent, Eddie Redcliffe (jouée par Madeleine Sami), le confirme. A partir de là, l’histoire avance en révélant ce que cachent les archétypes. Si le trio Eddie, Dulcie (Kate Box) et Abby (Nina Oyama) crève l’écran, il laisse la place à d’autres femmes, toute une gamme de portraits. Voilà sans doute la partie la plus réussie. Deadloch raconte la difficulté d’être femme, mais surtout d’être différent, minoritaire, ostracisé. Loin de nous jouer la partition de la sororité, l’intrigue rappelle le poids de la lutte des classes et du racisme.

Sans esbroufe, Deadloch fait souffler un vent de fraîcheur sur la série policière. Au bout de huit épisodes, on quitte les personnages avec un pincement au cœur. Surtout Eddie. Mais la saison 2 arrive.

Caroline de Benedetti