Xavier Boissel, au cours des années 2000, a écrit plusieurs polars historiques. Ses flics nous font remonter le temps et mènent l’enquête en 1966 (Avant l’aube), 1974 (Sommeil de cendres) et 1986 (Fonds Noirs). On tient là – jusqu’au prochain – une trilogie dans la tradition du roman noir.
1986, la présidence de Mitterrand. Fonds Noirs évoque l’après-guerre et de Gaulle, mai 68, Pompidou, puis le Parti Socialiste et la guerre en Iran. Un flic, Wouters, accepte d’enquêter sur le suicide d’un comptable. La fille, étudiante, ne croit pas au geste de son père. Cela l’obsède au point de se désintéresser des réunions trotskistes auxquelles elle participe.
Wouters remonte le fil, retourne sur les lieux, interroge les protagonistes. Sans surprise – le réel nous le rappelle tous les jours – le pouvoir politique côtoie les grandes industries et la corruption rôde.
« Il faudrait pouvoir oublier ses morts », pense Wouters. Les morts, sa compagne Myriam les côtoie à l’hôpital où le Sida affaiblit les corps. Ils accompagnent aussi le mercenaire américain Craven, revenu d’Irak. Oublier… ce souhait révèle les deuils et le spleen qui flotte sur le roman. C’est dans cette ambiance que le livre est le plus réussi. Court, avec des chapitres alternés entre plusieurs points de vue. Il s’élève dans son dernier tiers et, sur fond de rock et de new wave, touche au cœur des désillusions. C’est triste et beau.
Caroline de Benedetti
Xavier Boissel, Fonds Noirs, éditions 10/18, 2024, 15,90 €, 205 p.

