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À trois, on saute de Charlotte Bourlard

À trois, on saute de Charlotte Bourlard

L’autrice belge nous avait tapé dans l’œil avec son premier roman, L’apparence du vivant. L’histoire tendre et cruelle d’une apprentie taxidermiste. Son deuxième roman possède la même saveur.

On pourrait résumer À trois, on saute à une histoire d’amitié, qui est aussi une histoire d’amour. Mais le diable se niche dans les détails. Marie et Rachel sont hors normes. Physiquement comme dans leur façon de vivre. « Sur sa carte d’identité elle s’appelle Jessica. Rachel, c’est le prénom qu’elle a choisi à cause de Whitney Houston dans Bodyguard. C’est son film culte. Elle est capable de déclamer toutes les répliques en trente-sept minutes, sans les chansons. Je l’ai chronométrée. Moi, j’ai choisi Marie, comme la Vierge. Ça me donne un air sage. »

Les deux femmes n’ont rien de sage, même si Rachel a appris la discipline dans son enfance, placée chez les bonnes sœurs. Quant à Marie, elle séquestre sa mère adoptive à l’étage d’une maison en l’empiffrant de nourriture. Avec elles, tout fait des étincelles. Le rire côtoie la cruauté. Leur terrain d’action : le train où elles séduisent et détroussent leurs proies. Lidl, où elles volent à l’étalage. Il ressort de leur relation une grande liberté. Une tendresse l’une pour l’autre, à l’exclusion d’un monde qui les a maltraitées. Le drame ne peut que les rattraper, à force de laisser aller leur part sauvage. Certains trouveront ça trash, parce que l’autrice n’enjolive pas la misère et ne glamourise pas la violence. Faut-il épargner le lecteur ?

Charlotte Bourlard use d’une écriture à l ‘image de ses personnages, féroce, vivante, sensuelle. On pense aux autrices qui écrivent sur ces femmes qui ne se laissent pas faire, à Ava Weissman, à Helen Zahavi, et aux inoubliables Thelma & Louise. À trois, on saute nous serre le cœur. Au moins, nous en avons un.

Caroline de Benedetti

Charlotte Bourlard, À trois, on saute, Au diable Vauvert, 2025, 19 €, 232 p.