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Les 8 vies d’une mangeuse de terre de Mirinae Lee

Les 8 vies d'une mangeuse de terre de Mirinae Lee, Phébus

Lors de nos interventions sur les genres littéraires, nous avons parfois des questions sur la littérature d’espionnage et, plus rarement, sur les histoires de guerre. Les 8 vies d’une mangeuse de terre de l’autrice sud-coréenne Mirinae Lee navigue entre deux genres : la littérature de guerre (colonisation japonaise, deuxième guerre mondiale et guerre de Corée) et l’espionnage.

Au Soleil-Couchant, une maison de retraite qui accueille en priorité des transfuges venus du Nord et ayant servie la Corée du Sud, une femme rédige les nécrologies des personnes en fin de vie afin que leur souvenir reste. 3 mots pour parler de soi. Pour la patiente un peu spéciale avec qui elle travaille, il faudra 8 mots, 8 mots pour 8 vies qui nous font voyager dans l’histoire de Mook Miran depuis les premières bouchées de terre mangées dans son village (le gohyang de Corée qui n’est pas sans rappeler le Heimat allemand) jusqu’au dernier festin au Soleil-Couchant. Dans cet odyssée à la chronologie éclatée (chaque vie est autonome, fragmentée comme la mémoire) vous croiserez de la vengeance, de la survie, de l’aventure et beaucoup de solitude. Mais aussi de l’amour. Et la narratrice écoute tout cela, parfois incrédule, souvent fascinée. La frontière entre mensonge et vérité est floue et pour cause, on l’a dit, il faut survivre. Mentir aux autres et à soi-même.

L’autrice Mirinae Lee s’est inspirée de la vie de sa grande tante (autodidacte et polyglotte comme l’héroïne) pour ce roman qui prend l’ampleur d’une petite saga familiale. Cette grande tante fascinante et qui aimait raconter des histoires a elle aussi fui la Corée du Nord… Le personnage central du roman est complexe et contradictoire, un vrai personnage de roman noir que vous découvrirez sous plusieurs angles, au fil des épreuves.

On ressort de ce voyage dans les différentes vies de celle qui a plusieurs noms avec une étrange sensation de nostalgie et d’espoir. On referme le livre en songeant à ces pays lointains que l’on ne connaîtra jamais. La Corée du Nord est effrayante ; de cet effroi naît une certaine fascination. Le livre rejoint les ouvrages de Jean-Claude Bizien (L’évangile des ténèbres), de D.B. John (L’étoile du Nord) ou encore Amélie Serberg (Première Dame).

Emeric Cloche

Mirinae Lee, Les 8 vies d’une mangeuse de terre, traduit de l’anglais (Corée du Sud) par Lou Gonse pour les éditions Phébus, 2025, 318 pages, 22,50 Euros.