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Le jour du souvenir de Bethany Jacobs

Le jour du souvenir de Bethany Jacobs

Lauréate du Prix Philip K. Dick 2024 avec Le jour du souvenir, l’américaine Bethany Jacobs a suscité l’engouement comme le scepticisme. Le propre, assurément, de toute œuvre largement remarquée. Mais de quoi s’agit-il ?

Voilà bien longtemps, des colons ont débarqué de leurs vaisseaux générationnels pour s’installer dans Le Trèble et ses systèmes stellaires. Quelques familles puissantes dominent, comme les Nightfoot qui contrôlent l’industrie minière. L’équilibre règne grâce à une administration, la Parentèlité, constituée de trois mains, Habile (Secrétaires), Brutale (Ombres), et Juste (Ecclésiastes). Il y a un drame dans ce tableau presque idyllique : le génocide du peuple Jeveni. Quand une preuve de l’implication d’une famille puissante surgit, elle met en ébullition tout le Trèble.

Le jour du souvenir c’est du space opera mélangé de la fantasy. Vengeance et rivalité mènent l’histoire. On trouve une chasse à l’homme, un secret terrible, des pirates, de la baston, des héros cruels et d’autres moraux. Bethany Jacobs brosse les motivations des personnages et les ressorts politiques à grands traits. Ce que l’autrice ne développe pas peut faire regretter un manque de profondeur. L’action et les sentiments l’emportent. Mais son univers est bien pensé, au plan religieux comme social et politique.

De jeunes lecteurs, ou des profanes en SF, ont écrit des critiques dithyrambiques de ce roman, peut-être par méconnaissance de tout ce que le genre a déjà produit. De ça, l’autrice n’est pas responsable. Si elle n’invente rien, elle plante un univers solide. Le duo lesbien de son roman (Liis l’ancienne Ombre et Jun la hackeuse) ne sert pas de faire-valoir, il existe. Tout comme la possibilité pour chaque individu de choisir son genre. Ou le fait que l’énigmatique Six soit parfois décrit comme « iel ». Des éléments qui focalisent l’attention de certains lecteurs. Pour quelques pages dans un roman qui en compte 544.

Reste un bon divertissement avec de l’action, de l’émotion et une belle surprise, digne d’une littérature populaire qui embarque son lecteur, et sa lectrice. Le jour du souvenir est suivi par Le Jour de l’expiation et un troisième tome à paraître, le tout formant la trilogie La Constellation des ombres.

Caroline de Benedetti

Bethany Jacobs, Le jour du souvenir, La constellation des ombres tome 1, J’ai Lu / Nouveaux Millénaires, 2025, traduit par Patrick Dechesne, 22 €, 544 p.