Les lectures

La montagne hantée de Pascal Malosse

Couverture du livre de Pascal Malosse, La montagne hantée, paru aux éditions Rouge profond, collection Les mots noirs, 2026, 176 pages, 18 Euros.

Dès le premier chapitre, on entre dans l’ambiance du roman, celle de la montagne et de l’isolement. Puis vient le malaise, il avance par petites touches familières aux amateurs de littérature et de cinéma fantastique. Ce fantastique s’intensifie lentement, mais une fois que le réel se déchire, le maelström de sensations se déchaîne. Et l’on pense à la définition du fantastique posée par Tzvetan Todorov : est-ce la narratrice qui est folle, ou est-ce que « le diable » existe vraiment ?

Dans ce roman de Pascal Malosse, le film Suspuria de Dario Argento trône en bonne place. La référence va bien avec la maison d’architecte à flanc de montagne où se déroule le huis-clos. Comme chez Argento, au fur et à mesure de la descente aux enfers de la narratrice, les sensations s’intensifient. Le paysage se fond avec l’histoire et s’accorde avec les événements ajoutant une touche d’angoisse. Quant à l’écriture, elle tient en partie du romantisme et du fantastique de l’âge d’or.

« Au lieu de goûter au calme de la montagne, je devinais sa violence ; ses différentes strates calcaires qui entraient en collision depuis des millénaires, luttant pour atteindre de nouveaux sommets. Je voyais une nature belliqueuse, hargneuse, habituée aux conditions difficiles, s’agrippant aux escarpements. Les racines enserraient la pierre au point de l’éclater. Les bouquetins escaladaient au péril de leur vie. Les rapaces se nichaient sur les promontoires inaccessibles. »

Thématique souvent abordée dans le fantastique, le sexe est traité à la façon du cinéma italien des années 70. Le Diable amoureux de Jacques Cazotte cède la place au giallo. Plus développée, la thématique du maestro est centrale. L’artiste – un peintre sculpteur – maintient son emprise sur les autres après sa mort, ses obsessions survivent dans son héritage. L’art fonde l’intrigue. Le final bascule dans un thriller très cinématographique. Rien d’étonnant à ce que La montagne hantée soit publié dans une maison d’édition au catalogue orienté vers le 7e art. La montagne hantée est un plaisir de lecture où l’épouvante psychologique est menée à son paroxysme.

Emeric Cloche

Pascal Malosse, La montagne hantée, éditions Rouge profond, collection Les mots noirs, 2026, 176 pages, 18 Euros.