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L’eau rouge de Jurica Pavičić

L'eau rouge de Jurica Pavicic

Si vous avez envie d’un polar qui se lit d’une traite, comme on dit, L’eau rouge de Jurica Pavičić est pour vous. A la fois choral, dépaysant, psychologique et historique, ce roman possède les qualités des meilleurs.

Une jeune fille disparaît. Fugue ou crime ? La famille ne sait pas. Indépendante et effrontée comme on l’est à son âge, Silva laisse un mystère. 1989, la Yougoslavie s’apprête à changer. La chute du mur ouvre les portes au capitalisme dans des pays où le socialisme s’imposait. Le flic Gorki en porte les traces, marqué par l’héritage de Tito, tout comme la structure des villes et du pouvoir.

L’enquête démarre. Les personnages se dessinent dans une alternance de chapitres où chacun a sa voix. Mate, le frère jumeau de Silva. Puis Vesna et Jakov, les parents. Et enfin Adrijan et Brane, deux garçons qui ont fréquenté Silva. Bien sûr, découvrir la vérité a son importance. Mais cela compte moins que le portrait des différents protagonistes, qui se superposent aux changements d’une cité balnéaire de la Croatie. Tout est affaire de traces dans L’eau rouge, celles laissées par la douleur sur une famille, et celles laissées par un système économique qui bouleverse tout sur son passage.

Sans pathos ni rebondissements, Jurica Pavičić évoque la perte et la façon dont des individus la surmontent. En installant son roman sur une longue durée, de 1989 à 2016, il fait de ses personnages des compagnons de route du lecteur, bouleversé comme eux par la résolution d’un crime affreusement banal, et la transformation d’un pays devenu affreusement semblable aux autres. Premier roman et coup de maître, annonçant les non moins superbes La femme du 2e étage et Mater dolorosa.

Caroline de Benedetti

Jurica Pavicic, L’eau rouge, Agullo, 2021, traduit du croate par Olivier Lannuzel, 22 euros, 358 p.