Les lectures

La Route de Roswell de Connie Willis

La Route de Roswell de Connie Willis. Sur la couverture il y a une enseigne lumineuse de type années 50 et une soucoupe volante.

Pour qui a lu Le Grand Livre ou Le Dernier des Winnebago, Connie Willis est un nom qui évoque des souvenirs marquants. Avec son nouveau roman La Route de Roswell, elle traite une d’une grande thématique de la science-fiction : la rencontre avec l’autre.

Le ton employé pour le récit est celui de la comédie (teintée de road trip et de buddy movie) avec une bonne dose de burlesque et d’absurde. Francie se rend au mariage de Serena, son ancienne colocataire et amie. Serena a trouvé un nouveau petit copain, un fanatique des ovnis. Ils ont décidé de faire leur cérémonie de mariage lors d’un grand rassemblement ufologique. Le livre bascule rapidement dans un road trip où défilent les paysages désertiques du Sud-Ouest des USA (de Roswell à Las Vegas). On lève parfois les yeux vers ciel pour tenter de discerner ce qui se cache derrière les nuages. Le livre rebondit sur les nombreuses théories de Rosewell, et sur des références cinématographiques de films de genre (aliens et westerns). Ces références constantes posent mine de rien la question de l’imaginaire forgé par le cinéma populaire américain. Convoquer et discuter de films est à double tranchant. Celles et ceux qui ne possèdent pas cette culture goûteront un peu moins les références et clins d’oeil.

La Route de Roswell se construit autour d’un dialogue permanent où se déploient les personnages et les situations. Le peu de didascalie renforce le côté comédie, presque une pièce de théâtre. Indy l’extra terrestre (un amas de tentacules ressemblant à un virevoltant, ces buissons étranges que l’on croise dans le désert) s’entoure d’une galerie de personnages attachante. Chacun a « un truc » qui le rend atypique et surprenant. La rencontre et la communication avec l’inconnu est au centre de l’intrigue, ce qui permet d’aborder le fait de confondre « essayer de comprendre » et « avoir réponse à tout », tout en écornant les certitudes et les faux semblants.

La Route de Roswell est un livre malin, fluide (la magie des dialogues…) même s’il y a ici et là quelques longueurs que l’on pardonnera. Il parle à l’esprit et au coeur (l’amour, toujours, l’amour). Mais surtout, si l’histoire se plie aux codes de la comédie, Connie Willis raconte l’altérité sans avoir recours à un scénario hollywoodien classique d’invasion extra-terrestre. On est plus dans Rencontre du 3ème type que dans Independance Day. Rafraîchissant, drôle et profond mine de rien.

Emeric Cloche

Connie Willis, La Route de Roswell, traduit de l’anglais (USA) par Pierre Simon pour Actes Sud, collection Exofictions, 2026, 427 pages, 23,50 €