« Tu devrais vraiment revenir sur les décès de l’hôpital militaire. C’est une histoire fascinante, une histoire qui mériterait vraiment que quelqu’un s’y attarde, même après toutes ces années. Il n’y a plus beaucoup de personnes vivantes qui peuvent en parler, qui étaient là à l’époque, et qui se souviennent de ce qui s’est passé. »
Jake Adelstein est connu en France pour son livre Tokyo Vice qui explore l’univers des Yakuzas au Japon. Ou encore pour J’ai vendu mon âme en Bitcoins que nous avions chronique ici même. Pour son cinquième ouvrage aux éditions Marchialy, le journaliste d’investigation américano-japonais revient sur les terres de son enfance, le Missouri et ses paysages immenses. Il livre quelques souvenirs, des considérations sur le journalisme, le Japon et l’Amérique et enquête avec Amy Yoshida-Plambeck. On croise des figures comme le Dr Michael Baden, un médecin légiste connu de ceux qui s’intéressent aux affaires criminelles des USA. Si le coeur du livre reste le terrible cold case, Jake aborde les sujets connexes à l’enquête ; les digressions presque incongrues comme « la poupée Troll » (je ne vous en dis pas plus…) donnent de l’épaisseur aux personnages et au contexte.
C’est le père de Jake, Eddie Adelstein, qui lui donne le sujet de ce nouveau récit d’enquête journalistique. Une série de morts suspectes a eu lieu dans l’hôpital pour vétérans où il travaillait. Un homme, surnommé Dr Death par ses collègues, est présent dans la plupart des décès incongrus. Le livre soulève la question du Tueur en Série Médical (TSM) et évoque la facilité avec laquelle on peut tuer quelqu’un dans le milieu hospitalier. L’enquête se penche sur un homme mais aussi sur l’hôpital et son administration. Il ne fait pas bon être « lanceur d’alerte » et il vaut mieux que tout aille bien, quitte à glisser sous le tapis quelques « petits problèmes ». La lecture du livre vous en apprendra un peu plus sur le système de santé que l’armée américaine a mis en place pour ses anciens soldats.
Code bleu de Jake Adelstein évoque la difficile quête de vérité et illustre l’adage « aucune bonne action ne reste impunie ». Il reste cependant l’espoir, celui de voir le monde s’améliorer, peut-être en le refaisant autour d’une tasse ou d’un livre, « même si le crime paie et que l’honnêteté coûte cher ».
Emeric Cloche
Jake Adelstein, Code bleu, Marchialy, 2026, traduit par Cyril Gay, 400 p., 23 Euros.

