Fille d’agriculteurs, enseignante, férue de littérature, Mathilde Beaussault reçoit le Grand Prix de Littérature Policière dès son premier roman, Les Saules. À la source de son histoire personnelle et de son environnement, elle explore nos fractures et revient avec son 2e roman, La colline.
Une femme – un corps – accouche : ventre, poings, jambes, cheveux en sueurs. Et puis la porte se referme, à clé. La violence affleure, sans avoir encore déployé toute sa force. Le corps est celui d’une adolescente de 17 ans, Monroe. Depuis la chambre fermée à clé, le roman revient sur ce qui a mené à la crise. Les pompiers et la police, eux aussi, cherchent à comprendre. Et l’esprit de Monroe quitte cette chambre d’un immeuble de Rennes pour se déployer vers la campagne comme point de fuite. Mathilde Beaussault alterne passé et présent, drame et bonheur.
Il n’y a aucun manichéisme et aucune assignation dans ce que raconte l’autrice. Le béton du quartier abrite une ado maltraitée, mais aussi un voisin attendrissant, Edouard. La campagne, refuge idyllique de la grand-mère de Monroe, porte les jalousies et les rancœurs d’un homme qui abat les arbres. Pour comprendre Monroe, il faut connaître la vie de sa mère et de sa grand-mère. Des femmes en marge, détentrices d’un savoir et d’une sensibilité qui agissent comme une malédiction.
Toujours, il s’agit des êtres humains et de leurs affres. L’autrice nous le montre de manière émouvante. Elle trouve l’observation juste et nous transmet la complexité de ses personnages. Le roman ne se contente pas de parler de la parentalité, il élargit le cadre. L’infirmière, le pompier, la malade, la femme d’Edouard, le vieux Jacques… Ils nous racontent que la transmission a bien plus à voir avec l’altruisme et le sens de nos actes. Le roman a un cœur, Monroe, mais aucun héros : chacun a son importance. Ainsi, de l’horreur vécue surgit la possibilité d’un changement. « Les collines t’attendent Monroe. Si tu savais comme le vent est furieux depuis ton départ.
Caroline de Benedetti
Mathilde Beaussault, La colline, Seuil/Cadre Noir, 2026, 19,90 €, 336 p.

