Après l’histoire d’Atlanta et des premiers officiers de police noirs racontée sur trois romans, Thomas Mullen remonte le temps. Voici 1918, la première guerre mondiale et le début d’épidémie de grippe espagnole.
C’est un roman sous tension. Pourtant, la ville de Commonwealth expérimente une utopie. C’est un rêve socialiste, une sorte de familistère sous le patronnage d’un dirigeant bienveillant. Mais qu’arrive-t-il à une utopie quand de graves problèmes surgissent ? Que deviennent la solidarité et la communauté face à des individus malveillants ? « Commonwealth était presque entièrement peuplé par deux sortes de gens : des travailleurs qui avaient fui le harcèlement incessant des patrons, des briseurs de syndicalistes et des policiers. Et des voyageurs amicaux à l’image de Rebecca. »
Thomas Mullen plante d’entrée de jeu le drame dans lequel les habitants vont se débattre. Deux d’entre eux montent la garde à l’entrée de la ville, interdite du fait de l’épidémie tout juste annoncée. En temps ordinaire, l’homme qui surgit des bois serait accueilli avec un verre et une accolade. Là, il suscite paranoïa et violence. Dès lors, les enjeux deviennent moraux, humains et politiques. L’amitié et l’amour sont mis à l’épreuve. Il faut pour ça de très bons personnages et sur ce terrain Thomas Mullen excelle. Il déploie des familles, celle des liens de sang, mais née aussi de l’adoption, ou encore de la vie communautaire. Deux personnages se démarquent, ceux postés aux portes de la ville au moment du drame. Le jeune Philip admire Graham, mais cette nuit de garde va changer la perspective. Autour d’eux, la ville forme un tableau vivant. Le médecin, l’épicier, les ouvriers de la scierie…
La dernière ville sur terre est un roman poignant, une tragédie au cœur de la forêt. L’année 1918 vue par Thomas Mullen nous rappelle bien des affres actuels.
Caroline de Benedetti
Thomas Mullen, La dernière ville sur terre, Rivages/Noir, 2023, traduit de l’anglais par Pierre Bondil, 24 €, 560 p.

