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Prends garde au toréador de Robert Crais

Prends garde au toréador de Robert Crais

Prends garde au toréador donne naissance en 1988 au personnage d’Elvis Cole, et à son comparse Joe Pike. Un Série Noire collector, obtenu grâce à Julien Védrenne, merci La Bouquinerie. Que nous dit cette première enquête du détective ?

Vous voyez toutes et tous cette femme assise au bureau du détective pour lui exposer son cas. Prends garde au toréador débute ainsi. Mais avec deux femmes. Ellen Lang recherche son mari et son fils. Janet Simon, son amie, est venue la soutenir, voire parler à sa place. Immédiatement, l’écriture de Robert Crais nous dit que rien ne sera ordinaire. « Madame Simon, dis-je d’une voix calme, autant j’aimerais lécher du chocolat liquide sur votre corps, autant je voudrais que vous la fermiez. » Prise seule, cette phrase vaudrait aujourd’hui un red flag à l’auteur. Tant pis pour le lecteur et la lectrice prompts à juger. Ce que ne fait jamais Elvis Cole. Sauf avec les puissants et les salauds.

La personnalité de Cole apparaît dans cette première enquête : sa mentalité (que l’auteur ne se sentira pas le devoir de rappeler à chaque opus), ses habitudes, sa maison, son chat. Le détective a survécu au Vietnam, il a souffert mais il ne la ramène pas. « C’est une question d’enfance. Toutes les bonnes choses se trouvent dans l’enfance. L’innocence. La loyauté. La vérité. Vous avez dix-huit ans. Vous êtes assis dans une rizière. La plupart des gens craquent. Moi, j’ai décidé que dix-huit ans, c’était trop jeune pour être vieux. » Il y aura d’ailleurs souvent un enfant disparu dans les aventures de Cole.

Mais à quoi ressemble Cole, physiquement ? Pour se décrire, il fait référence à John Cassavettes. On baigne dans Hollywood, l’industrie du cinéma et les années 80. Pike quant à lui trouve que Clint Eastwood parle trop. La littérature a aussi sa place, on croise des livres d’Elmore Leonard et Stephen King. Cet univers accompagne et pimente une enquête qui relève de la banalité du crime. C’est l’histoire d’un type rattrapé par ses mauvais choix, face à la toute puissance de gens sans scrupules. Leur violence surgit dans des scènes d’action dramatiques, courtes et marquantes. La scène finale, avec le rouge à lèvres d’Ellen Lang, est d’anthologie. Il n’y a pas grand chose que Robert Crais ne maîtrise pas. Derrière une apparente légèreté, l’auteur ne laisse jamais aucun doute sur la prégnance du mal. Mais nul ne pourra dire que Cole, Pike et leurs proches n’ont pas fait leur possible pour lui faire obstacle.

Prends garde au toréador pose les bases d’un univers attachant. Robert Crais ne cède rien à la complexité, dans le rapport aux femmes, l’humanisme, l’humour et l’amitié. Du genre qui vous donne tout de suite envie de lire la suite, c’est à dire 15 romans traduits à ce jour en France.

Caroline de Benedetti

Robert Crais, Prends garde au toréador, Gallimard/Série Noire, 1988, traduit de l’américain par Paul Kinnet, 315 p.