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Le temps des bêtes féroces de Víctor del Àrbol

Le temps des bêtes féroces de Víctor del Àrbol

Faut-il encore présenter l’auteur espagnol Víctor del Àrbol ? Né à Barcelone, passionné d’Histoire, il a un temps été policier avant d’écrire. Et voici son dixième roman.

On ne rencontre pas si souvent des personnages complexes, dans un roman. Le temps des bêtes féroces repose sur la dualité de l’être humain. Le lecteur qui chercherait à adhérer totalement avec les hommes et femmes de cette histoire sera sans doute gêné. Prenez le narrateur : un tueur de la mafia. Pour la respectabilité, on repassera. Ça ne signifie pas que des personnages moraux ne sont pas présents : l’inspecteur Soria, par exemple. Virginia Ortiz, quant à elle, fille d’un riche industriel, offre un personnage féminin redoutable (et peut-être à la limite de la crédibilité). Ils sont nombreux à se croiser dans cette enquête qui va de l’île de Lanzarote au Venezuela en passant par les Etats-Unis. Tout commence avec une jeune femme accidentée et un feu dans une usine.

Si le roman se situe en 2008, il fait écho au passé et à ses répercussions. Il ne faut pas en dire plus, ce serait un trop gros indice. Le temps des bêtes féroces aborde plusieurs sujets. Le pouvoir de l’argent en est un. Dans les multinationales, certaines méthodes vont de pair avec le crime. Les personnages et les situations du roman posent la question de l’intégrité : certains l’achètent, mais à d’autres elle coûte. Il en va ainsi des vies et des chemins que chacun choisit de prendre. Ici les chemins sont nombreux et foisonnants, comme la galerie de personnages. Certains recoupements paraissent un peu improbables, mais l’auteur a un sens indéniable du récit. Il confronte l’être humain à sa violence et son hypocrisie, toujours avec beaucoup de justesse et d’émotion.

« Elles voulaient toutes être ce que leurs parents n’étaient pas : vaincre le cancer, sauver la forêt amazonienne, voyager jusqu’aux étoiles. Et toutes retournaient dans le quartier au petit matin, sautant par-dessus le mur du côté où dormait le gardien pour un peu plus tard se réveiller avec un œuf dur et des tartines sur la table, petit-déjeuner servi par Filomena en uniforme, qu’elles appelaient affectueusement mais fallacieusement Filo. »

Caroline de Benedetti

Víctor del Àrbol, Le temps des bêtes féroces, Actes Noirs, 2026, traduit par Alexandra Carrasco, 23,80 €