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Anguilles Démoniaques de Yusuke Ochiai et Yû Takada

Anguilles Démoniaques de Yusuke Ochiai et Yû Takada narre les aventures de Masaru Kurami un grand gaillard un peu simplet qui doit rembourser ses dettes. Accompagner Masaru dans les bas-fonds, c’est plonger dans un monde caché et inquiétant.

Adapté d’un roman de Yû Takada, le manga Anguilles Démoniaques joue avec le macabre et les légendes urbaines. Il explore les relations entre des individus sans liens mais qui ont en commun la volonté de s’en sortir malgré leurs pulsions, leurs peurs et leur travail en marge de la légalité.

L’histoire ne ménage pas la violence psychologique, physique et graphique et même si nous sommes loin des horreurs croisées chez Shintaro Kago cette série n’est pas pour les enfants. Le trait réaliste de Yusuke Ochiai (L’Ange de l’ombre, L’Île Infernale) est assez personnel pour que les personnages soient bien différenciés, pas de problèmes pour les reconnaître (ce qui n’est pas toujours le cas avec les mangas, surtout quand on débute dans le genre). Autre atout : l’histoire de Masaru se déroule en trois tomes. C’est une série courte qui évite les longueurs et offre un suspense ramassé sans rebondissements superflus.

Pour les amatrices et les amateurs de polar sachez que l’on retrouve chez Masaru quelque chose du narrateur d’Une femme d’enfer de Jim Thompson et des ambiances pouvant rappeler Rue Barbare de David Goodis ; les thématiques comme la pauvreté, la criminalité, la psychologie et les moeurs sont des sujets classiques du roman noir. Le manga policier et criminel asiatique s’inscrit dans une réflexion morale inhérente au genre, il discute des choix et des implications des actions des protagonistes en exposant plusieurs points de vue.

Emeric Cloche

Anguilles Démoniaques, dessin : Yusuke Ochiai, scénario Yû Takado, traduit du japonais par Thibaud Desbief, komikku éditions, trois tomes, 2016.