Notre découverte d’Andrée A. Michaud s’est faite à la sortie de Proies. Ce n’était pourtant pas faute d’avoir entendu parler de son talent. Vint la lecture de Bondrée, puis celle de son tout nouveau roman Baignades. On y retrouve l’atmosphère typique de l’autrice québécoise, et son écriture.
Andrée A. Michaud aime les moments où l’être humain se détend et sort de son train-train, tout comme elle aime les cadres naturels. Elle utilise à merveille ce contexte idyllique pour le transformer en cauchemar. Elle produit alors quelque chose d’unique, un mélange de thriller lent et de suspense psychologique. Pour qui l’a déjà lue, commencer Baignades fera remonter à la surface les souvenirs de Proies et de Bondrée. Le bord du lac et le camping sont des éléments communs. Mais, pas d’adolescents dans cette histoire. C’est une famille en vacances qui plonge dans l’angoisse.
Surprendre le lecteur avec de vieilles ficelles repose sur l’art du récit, sur sa structure. Et en terminant la première partie de Baignades, le lecteur peut se dire : « ah, c’est tout ? » Nous n’aurions donc droit qu’à l’histoire d’un jeune couple et sa fille, affrontant les hommes ordinaires devenus prédateurs ? Certes, tout est habilement construit et absolument dramatique. Chaque moment où la situation aurait pu s’arranger pour la famille (non, ceci ne divulgache rien) est montré par l’autrice. Le lecteur se retrouve tel le spectateur du film d’horreur s’écriant : « Non ! Pas la cave ! »
Mais, il y a un acte 2. Le temps passe et le plan s’élargit. De cette partie, mieux vaut ne rien savoir. Car c’est là le véritable moment de perversion de l’autrice, de manipulation. « We had fun, we had joy, we had seasons in the sun. » Bienvenue dans la famille Arcand. Ils n’en sortent pas indemnes, et vous non plus.
Caroline de Benedetti
Andrée A. Michaud, Baignades, Rivages/Noir, 2025, 21 €, 300 p.

