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L’ange traqué de Robert Crais

L'ange traqué de Robert Crais

En 1988, Robert Crais commence à être publié en France à la Série Noire, puis au Seuil, puis chez Belfond et désormais chez Talent Editions. Aux Etats-Unis, l’auteur vient de recevoir le Edgar Award du meilleur roman pour le 20e opus de sa série mettant en scène Elvis Cole. Vous ne le connaissez pas ? Il est toujours temps de découvrir ce détective privé.

Commençons la découverte avec L’ange traqué, le deuxième titre de la série. Cole est un ancien du Viêtnam, il pratique le yoga et vit dans une maison sur les hauteurs de Los Angeles. Son colocataire est un chat noir et méchant avec qui il regarde la télé et partage ses repas. Dans ce roman, l’enquête concerne le vol d’un livre rare japonais, en possession d’un riche investisseur. Bien sûr, en fouinant Cole va lever plusieurs lièvres. Le propriétaire du livre n’a pas l’air très respectable. Et derrière tout ça on trouve comme souvent chez Crais un personnage d’enfant, ici une ado paumée, suicidaire, Mimi, la fille du promoteur.

Au fil des romans, Robert Crais donne des éléments qui permettent au lecteur de se faire une image de Cole, de son humour : « Vous connaissez quelque chose à la culture japonaise ? – J’ai lu Shogun. », de son aspect : « Tout le monde prétend que je ressemble à John Cassavetes. Je trouve que je ressemble à Joe Isuzu. » Son ami et associé Joe Pike pose un regard extérieur sur lui, et livre parfois des clés de compréhension : « Depuis le Vietnam, tu essaies de te raccrocher à ta part d’enfance ».

Cole et Pike incarnent les archétypes du roman noir, avec toute la profondeur manquant souvent aux auteurs et autrices qui en reprennent les traits sans la subtilité. Ainsi, Cole imagine ce qu’aurait été sa vie s’il avait eu deux filles ; à une femme qu’il côtoie il parle de Dashiell Hammett et Lillian Hellman, quant aux gens de pouvoir, ils ne l’impressionnent pas. Et s’il manie l’ironie et la violence, ce n’est qu’en réponse au monde auquel il fait face. Dans des situations délicates, son sens moral se révèle. L’histoire n’en devient que plus émouvante.

Robert Crais saupoudre son roman de quelques références. Elles contextualisent l’époque (Trump est ici un milliardaire) et la culture (Elvis Costello ou Robert Heinlein). Ainsi, en savourant un roman de 1989, vous pourriez bien réaliser soudain que vous n’aviez pas lu un aussi bon polar depuis un bail. « C’est dans les vieux pots… », dirait sans doute Elvis Cole.

Grâce à la bouquinerie Mask Noir tenue par Julien Védrenne, nous avons récupéré le numéro 1 de cette série : Prends garde au toréador. On vous en parle bientôt.

Caroline de Benedetti

Robert Crais, L’ange traqué, Seuil, 1995, traduit de l’américain par Françoise Brodsky, 264 p.