On l’aime depuis Le fleuve des brumes. Et voici déjà la dixième enquête pour le commissaire Soneri, à la plus grande joie des lecteurs qui retrouvent Parme dans le brouillard.
« Dans les villes brumeuses on réfléchit, alors que devant la mer, on se laisse vivre. » La philosophie occupe toujours Soneri, et le cerveau n’est rien sans le regard. Pour découvrir la vérité, il faut observer les contours et ne pas s’arrêter aux apparences. Avec un immigré assassiné chez le vieil aveugle qui l’hébergeait, et avec un algérien poignardé dans la rue, la xénophobie occupe le devant de la scène.
Dans les rues de Parme, des milices patrouillent. Certains à pied, d’autres en 4×4 plein gaz. « Nous sommes les services de renseignement et eux, le bras armé. » L’auto-défense civile contre le deal et le vol. Alors, des policiers, des criminels et des miliciens, qui contrôle le territoire ? Que devient la société quand la politique ne joue plus son rôle ? Le roman questionne les défaites de la gauche, l’essor de la droite, l’emprise de la religion. Difficile de ne pas observer cette « gauche bien-pensante » coincée par ses « belles idées pacifistes ». Il faut la subtilité du commissaire, et la finesse de l’auteur italien, pour constater la violence sans céder au fascisme qui « revient à la mode ». Ce fascisme s’incarne dans les propos d’un universitaire dont les discours bien huilés influencent les crédules. Même Soneri, autour d’un repas à l’auberge, se trouve parfois d’accord avec lui.
L’autre loi reprend les motifs de Valerio Varesi. La ville, la gastronomie, l’humour, la politique. D’interrogatoire de suspects, l’enquête criminelle devient un dialogue avec l’humanité. Ici Soneri échange avec un professeur, un milicien, un imam, comme il a pu le faire avec un peintre faussaire (La stratégie du lézard). Sans oublier les dialogues avec Angela, sa compagne, personnage et conscience à part entière. Elle porte certaines des remarques les plus marquantes. « C’est effacer la frontière entre la beauté et l’insignifiant, tout l’objectif du nouveau pouvoir de l’argent. C’est le projet d’une droite abjecte. La beauté et l’art sont des choses complexes, difficiles à atteindre. »
Valerio Varesi invite à prendre le temps de la complexité et de la beauté. En dix romans, il n’a rien perdu de sa force.
Caroline de Benedetti
Valerio Varesi, L’autre loi, Agullo, 2025, traduit de l’italien par Gérard Lecas, 448 p., 22,90 €

