
Une ancienne vedette de la télé fait la tournée des supermarchés pour promouvoir une marque de pâté, dans une région désindustrialisée où seule subsiste une centrale nucléaire. L’histoire se passe dans un futur proche où la BAC (Brigade Anti Chômeur) traque les improductifs.
« Je n’accepterai jamais que l’on dise : les usines c’est fini, l’industrie c’est fini, le plein emploi c’est fini, les Ardennes c’est fini, la France c’est fini ! » Nicolas Sarkozy, 18 décembre 2006, Charleville-Mézières.
Le début de certains chapitres s’ouvre sur une petite phrase d’homme politique, rappelant la manière dont ils considèrent le peuple. Manière et propos qui changent suivant que le peuple soit là pour les élire ou pour les supporter. Jennifer Have parle d’une région qu’elle connait bien : les Ardennes. Et plus précisément du tissu économique et socio-culturel, avec un groupe d’ouvriers d’un abattoir qui vient d’être délocalisé. Ce groupe de chômeurs se transforme vite en bande de camarades qui, avec l’aide de la star déchue, vont faire revivre l’abattoir et une conserverie pour laquelle ils ont travaillé toute leur vie. La recette mise en oeuvre pour relancer l’activité est disons… cocasse ; la fin justifiant les moyens. Les thématiques du livre apparaissent : l’exploration d’une région, l’organisation ouvrière, l’arrogance de la bourgeoisie et l’homosexualité. Par ailleurs, les recettes de cuisine et ingrédients cités à l’envie risquent de vous mettre l’eau à la bouche. Ce roman roboratif, drôle et mortel, a été primé au Festival du film grolandais de Toulouse.
La grande famille du roman noir dans laquelle s’inscrit Casse-dalle met en lumière un angle de vue. Celui de l’échec de la société. Il s’évertue à soulever le tapis de la société pour voir ce qui se cache dessous et faire apparaitre les mécanismes du crime. Casse -dalle fait quelque chose de plus, qu’on ne croise pas si souvent dans le roman noir : le roman essaie de réparer le crime.
Il y a un côté halluciné à cette épopée de déclassés. Et quelque chose, ne le cachons pas, de jouissif dans ce délire de vengeance populaire. Voilà un livre sur l’usine qui pourra se ranger aux côtes de Lâcher les chiens d’Antonin Feurté.
Emeric Cloche
Jennifer Have, Casse-dalle, Les éditions du bout de la ville, 2023, 247 pages, 20 Euros.
